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Le Syrien du septième étage

Le Syrien du septième étage

Fawaz HUSSAIN

En librairie le 06 septembre 2018

Dans le HLM de Babel coincé entre deux boulevards, un Kurde de Syrie coincé entre deux chaînes de télévision regarde sa patrie livrée au chaos. Chaque jour, il s'échappe pour une promenade dans le quartier et échange quelques silences avec ses voisins. Il y a le Serbe bosno-croate multi-cambriolé, les deux jeunes Maliens à la foi tenace, la Tamoule menue en froid avec sa fille, l'ancien professeur Sénégalais devenu marabout de boîtes aux lettres. Il y a aussi la Russe du premier, si belle avec ses fossettes et ses yeux qui scintillent comme la Neva, qui un jour peut-être l'invitera à prendre le thé chez elle. Il y a même un couple de français.

Le premier contact avec les locataires du quatrième a été provoqué par la Japonaise devenue par la force des choses « La Jap du septième ». Un jour que nous revenions d’Auchan chargés de nos courses, elle a vu le toutou et a demandé à ses maîtres si elle pouvait le caresser.
« Elle s’appelle comment ? »
Les deux Français étaient fiers comme Artaban qu’on s’intéressât à leur chien, qui comme eux se faisait vieux et était perclus de rhumatismes.
« C'est un garçon, Madame, s’est hâtée de rectifier la Française, et il s’appelle Roméo. »

Le monde est rond comme une tour carrée de HLM, et Le Syrien du septième étage est le plus tendre hommage rendu aux petites gens de tous les pays, de tous les appartements de la Terre.
 
Techno freaks

Techno freaks

Morgane CAUSSARIEU

En librairie le 30 août 2018

« La population du Griessmühle devient de plus en plus navrante. Les gays trashos, ceux qui fréquentent le Lab-oratory, cette boite scato où des rouleaux essuie-tout pendent sur chaque mur, se font rares, et on voit fleurir des plate-bandes d'étudiant Erasmus en pâmoison après avoir bouffé leur premier ecsta. C'est au Berghain, le fameux club qui a fait sa réputation sur sa sélection élitiste, que le phénomène se révèle le plus flagrant. Quelques années auparavant, seuls les Freaks et les « Vrais » avaient le droit d'y pénétrer, et à présent, on y voit presque que des hipsters déguisés pour le week-end avec l'uniforme Berghain – body pour les filles, harnais, short et chaussettes montantes pour les garçons. Plus rien pour faire rêver, plus de quoi être fier d'avoir réussi à convaincre le physio à la gueule barbelée, Sven Marquardt. Même ce temple de la techno, possesseur du meilleur sound system de tous les temps, s'est plié au lois de la gentrification. »


Pour Goldie et sa petite bande – une poignée de narcissiques défoncés à un invraisemblable cocktail de drogues – chaque week-end est un défi. Ce sont chaque fois trois nuits folles à gravir sous l'emprise de l'érotisme et de la GBL, et à dévaler sous l'emprise de l'égotisme et de la kétamine. Au final, au dernier petit matin, certains reprendront la route de leur call-center – le seul job dont ils soient encore capable – , d'autres se diront qu'il est encore temps de tout reprendre à zéro ; et Dorian approchera la perceuse de son front, à la recherche de son Troisième Œil.
Règles douloureuses

Règles douloureuses

Kopano MATLWA

Traduit de l' anglais par Camille PAUL

En librairie le 30 août 2018

Nous sommes en 2015, en Afrique du Sud. Des années durant, Masechaba a souffert de douleurs chroniques liées à une endométriose. Le sang a forgé son caractère, non seulement il a fait d'elle une personne solitaire, presque craintive, mais il l'a aussi poussé à devenir médecin. Quand débute le roman, elle est interne dans un hôpital. Dans le flux ininterrompu des patients, elle s'interroge sur sa capacité à les aimer tous, à leur donner toutes ses forces, tout son dévouement. Elle doute souvent, à l'opposé de sa meilleure amie, son modèle qui bien souvent pourtant l'ignore, voire la rudoie, Nyasha. Nyasha est zimbabwéenne, or l'Afrique du Sud vit alors une époque de racisme brutal.
Un jour, après avoir été accusée par son amie de ne pas avoir pris assez soin d'un patient étranger blessé lors d'émeutes xénophobes, elle décide de publier une pétition demandant le retour à la tolérance et à des valeurs humanistes.
En retour, elle sera violée par trois hommes, pour lui apprendre à rester à sa place.

J’ai décidé d’arrêter tous mes traitements. Je suis fatiguée. J’ai fini par aimer ce mince filet de sang qui s’écoule de mon corps jour après jour. Il teinte l’eau du bain d’une jolie couleur rose. Parfois, quand un petit caillot s’échappe, l’eau devient marron foncé.
La partie molle de mon ventre est chaude et me picote. Je me sens si mal que je suis souvent obligée de m’asseoir pour ne pas m’évanouir. C’est une sorte de douleur, une sorte de plaisir, une sorte de liberté que j’aime et que le traitement du docteur Phakama a essayé de me dérober. Mais cette sensation est à moi, et elle est agréable, et je la veux.
Les murmures qui m’accompagnent ne me gênent pas non plus. Ils me tiennent compagnie, me chantent des chansons et me racontent des histoires qui font passer le temps. Ton silence était de toute façon bien trop assourdissant.

Ce troisième roman de Kopano Matlwa est un vibrant plaidoyer humaniste qui à la fois interroge les réflexes racistes – ici au sein de la population Noire, au cœur de "la nation arc-en-ciel" – et porte une parole féministe d'une terrible actualité.